Et ça devait être si beau…

J’ai écrit ce texte en pensant à vous. Je sais que vous êtes forte. Je vois que vous faites des efforts, pour que tout fonctionne dans la famille. Bébé impeccable, maison rangée, vous – malgré tout – dans des vêtements propres et avec une version light du maquillage sur le visage.

Mais ce n’est pas de ce que l’on voit de l’extérieur que je souhaite parler aujourd’hui.  Je souhaite parler de ce qui vous tracasse. Non, non, ne vous inquiétez pas, rien ne se voit de l’extérieur. Vous avez l’air contente, une maman heureuse, tout roule. Seulement moi aussi j’ai vécu cela, c’est pourquoi je repère quelques petits signaux. Je sais. C’est comme ça, cela devait être si beau, et – merde – ça ne l’est pas.

Votre bébé

Finalement il ne s’agit pas là de bébé, n’est-ce-pas ? Parce qu’il est vraiment adorable. Bon, fatiguant, c’est clair. On ne sait pas pourquoi, il pleure tout le temps. Il peut manger tout le temps, dormir aussi sans arrêt mais seulement dans vos bras. Vous vous transformez peu à peu en maître de tai-chi – avec un bébé endormi pendu au sein, au ralenti, millimètre après millimètre, vous vous déplacez vers son lit, en respirant à peine, sans faire de bruits ni de mouvements brusques. Vous le faites rouler sur vos avant-bras, le déposez doucement sur le matelas et vous vous figez. Il dort ! Vous vous éloignez en douceur sur la pointe des pieds et pensez déjà à la douche que vous aurez enfin le temps de prendre, quand… vous entendez des pleurs. Le matelas n’est pas aussi chaud que vous, il n’y sent pas votre odeur, ni le souffle de votre respiration.

Le changement

Il s’agit du fait que votre vie, qui jusqu’à présent était assez bien réglée et vous donnait un sentiment de sécurité, est sens dessus-dessous.

Tout est diffèrent. Evidemment, vous vous y attendiez – vous en êtes consciente, vous avez lu des livres, observé les gens et vous savez que l’arrivée d’un enfant change profondément la vie. Mais vous êtes fatiguée, en manque de sommeil et vous inquiétez d’avance pour beaucoup de choses. Vous y étiez préparée. J’ai cependant l’impression qu’une chose vous a fortement étonné. Le sentiment d’abandon.

Les disputes

On ne se connaît pas assez pour que je sache maintenant ce qui vous manque le plus. Je peux vous dire ce que moi j’ai ressenti à cette période, durant des semaines et des mois après la naissance de mon premier enfant. Le plus dur et le plus surprenant était je crois le fait que toute la famille se fâchait et attendait de moi que je les réconcilie.

Cela arrive souvent après la naissance de bébé. Maman est occupée auprès de son bébé, fatiguée, mais avec de plus en plus d’assurance dans son rôle de parent principal. Papa est encore émerveillé par bébé et plein d’énergie mais dont il ne sait que faire. Les grands-parents (au nombre de 4 ou plus dans les familles recomposées) impliqués émotionnellement, prêts à passer à l’action. Puis encore les oncles et tantes, qui ont aussi leur mot à dire. De nombreuses émotions, des avis très divers, à quoi on ajoute parfois une situation matérielle ou financière difficile – cela finit plus ou moins rapidement en dispute.

Les beaux-parents, les parents, les frères et sœurs ou le mari sont fâchés. Ou encore tout le monde en même temps. Et la maman reste entre le marteau et l’enclume. Observée avec précision par la famille, elle devrait tenir un certain rang, s’allier à quelqu’un, et montrer qu’ils exagèrent. Mais, à ce moment précis elle a besoin d’aide de la part de sa famille  et pas de « boudeurs » . Ce sont eux qui doivent lui faire part de leur compréhension et leur soutien, et pas le contraire…

La solitude

Ce fut ma première découverte. Le fait que la femme, qui devient mère, tombe dans un tel piège paradoxal. Pas un instant elle est toute seule – car en permanence avec bébé.  Mais malgré tout elle se sent totalement seule, car peu de personnes comprennent ce qu’elle vit en ce moment. Tout le monde attend d’elle quelque chose, et elle, elle se bat avec ses propres émotions. Ses proches lui proposent de l’aide, mais en général de l’aide qui à leurs yeux est utile. « Alors moi je m’occupe de bébé et toi tu te reposes » – dit mamie. Elle vient et critique tout, fait à sa façon. Elle attend de vous que vous lui serviez un thé, puis que vous discutiez, tout en tenant bébé dans les bras, sur comment à son époque on nourrissait les bébés toutes les trois heures, et pas à la demande.

Le mari rentre du travail et s’active. Enfin, il va faire les courses. Il disparaît pendant deux heures, et vous restez encore seule avec bébé. Les amies (celles qui n’ont pas d’enfants) vous appellent pour discuter au moment du bain ou du biberon. Elles ne savent même pas que ce n’est pas le moment. Au fil du temps, elles téléphonent de moins en moins souvent, parce que leur vie tourne autour du travail, des rencontres, des projets – et la vôtre au rythme des siestes de bébé. Et même si vous faites beaucoup d’efforts afin de ne pas perdre le contact, votre amitié par la force des choses vit une autre phase.

Celles qui ont elles-mêmes des enfants, sont en général déjà bien occupées dans leur vie quotidienne pour vous tenir compagnie. Vous avec parfois l’impression d’avoir plus de choses en commun avec des anonymes du groupe Facebook qu’avec votre famille ou vos proches.

Emprisonnée

Je me souviens que durant cette première période de la maternité, je me sentais même étrangère à mon propre corps. Il m’était difficile d’accepter de ne plus avoir de contrôle sur celui-ci. Les seins produisent du lait ; parfois dans un moment inattendu je sentais la montée de lait qui refroidissait aussi vite sur mes vêtements. Quand je regardais mes vêtements de cette période un an après : informes, amples, avec des ouvertures pour allaiter, j’avais le souvenir d’un uniforme de prisonnière. Parce que c’est ainsi que je me sentais – emprisonnée. A la maison, seule, sans plus aucune assurance en soi. Quand je suis sortie pour la première fois sans bébé dans une galerie commerçante faire des courses, j’avais envie d’embrasser les gens dans le bus, leur crier que je suis une maman qui s’est libérée. Mais quand j’ai décroché le téléphone et entendu, sur un ton impatient « tu reviens quand ? », sur fond de pleurs de bébé, j’ai ressenti à la fois les sentiments de colère et de culpabilité.

La culpabilité

Le sentiment de culpabilité ne m’a du reste pas quitté. Parce que je n’en fais pas assez pour bébé, parce que je regarde la télévision au lieu d’être penchée sur le berceau . Parce que je m’endors  de fatigue près de mon mari. Parce que l’appartement n’est pas nettoyé pour ma belle-mère. De retour au travail – parce que je me délecte d’un bon thé ou café au bureau alors que bébé est avec une nounou. Ou alors pour changer, je me sens coupable parce que je reste à la maison quand bébé est malade et qu’au travail je rate justement un gros dossier.

Vous ressentez cela aussi parfois ?

L’amour

La maternité a tout changé dans ma vie. J’ai deux filles, après la naissance de la deuxième c’était plus facile, parce que je savais à quoi m’attendre. Et puis parce que j’avais près de moi quelqu’un de proche, plus proche que je ne pouvais l’imaginer – sa grande sœur. Elle avait quatre ans et fut d’un très grand soutien. Non pas parce qu’elle était ma servante. Simplement parce qu’elle était à mes côtés– gaie, souriante, un soleil dans un ciel couvert. Elle courait autour de la poussette de sa petite sœur, attrapant ma main qui tenait la poussette et disant « Bzzzz, attention, je fais le plein d’amour ! ». C’est vraiment moi qui en faisait alors « le plein ». Mon réservoir totalement à sec se remplissait alors de bonheur et d’un sentiment de raison d’être.

Les liens

Quand je suis devenue maman, je me sentais perdue et seule, pas dans le sens physique – car j’avais du monde autour de moi – mais seule au fond de moi-même. Avec la perspective, je me rends compte de ce que je ne voyais pas à ce moment-là. A cette période, je ne comprenais pas que dans ma vie arrivait quelqu’un avec qui j’allais avoir des liens si profonds – mon enfant. A l’époque je ressentais surtout les devoirs, la solitude, la fatigue mais je sais maintenant que c’est ainsi que naît le plus bel et plus long amour de notre vie.

Du soutien

Si ce que je vous ai confié de mes souvenirs est quelque peu semblable à ce que vous vivez, pensez que vous n’êtes pas seule. On a souvent le sentiment après l’accouchement qu’un tremblement de terre a effacé notre vie d’avant. De plus, il ne convient pas de dire à haute voix que quelque chose ne va pas. Si je peux me permettre, moi je le prendrais de la façon suivante :

  • souvenez-vous que cette période difficile va passer. Vous retrouverez le contrôle de votre vie, apprendrez la souplesse et reviendrez vers vos passions et centre d’intérêts ;
  • regardez vos proches avec de la distance, comme si vous veniez de les rencontrer. Ce sont les grands-parents qui sont fous de leur petit-fils/petite-fille et se comportent bêtement parfois. Ce sont les deuxièmes grands-parents – plus froids, pas disponibles, parce qu’ils ne savent pas comment se comporter pour ne blesser personne. C’est un homme qui ne se sent pas sûr dans son rôle tout frais de père, c’est pourquoi il fait mine de savoir mieux que les autres comment prendre bébé dans ses bras. Ils ont leurs défauts, il est parfois difficile de les comprendre mais leurs intentions sont bonnes.
  • pensez à ce dont vous avez le plus besoin et demandez-le à vos proches. Dites-le doucement, sans reproches ni prétentions ;
  • pensez à quelqu’un qui a une influence positive sur vous et qui ne juge pas vos choix. Parlez avec cette personne, ressentez son empathie ;
  • si rien ne vous fait plaisir, tout vous dépasse, vous vous sentez une mauvaise mère – consultez un psychologue ;
  • partagez cet article en pensant qu’il peut y avoir parmi vos amies une maman qui se sent comme vous. Vous pourrez peut-être en parler justement, échanger et vous soutenir ?

Et encore une chose. Embrassez pour moi votre bébé. Dites-lui de ma part qu’il n’a pas de meilleurs mère au monde et que tout ira bien très vite.

Autor: Whisbear

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